-Je ne comprend pas...
-Quoi donc?
-Pourquoi est-ce que ça m'arrive à moi?
-Tu as l'air de penser que c'est une tare.
-J'en suis pas loin...
-Mais pourquoi? Ce n'est pas une maladie. Des tas de gens l'assument sans problèmes.
-Oui, et il y a aussi des tas d'autres personnes qui n'ont même pas besoin de se poser des questions à ce propos! Toi, par exemple...
-Si tu n'en faisais pas tout un fromage, tu n'aurais pas besoin de te poser de questions.
-Tu ne peux pas comprendre.
-Je peux toujours essayer.
-Tu parles... C'est trop compliqué. Et puis il faudrait d'abord que je comprenne un minimum, moi aussi...
L'entrée en gare du train en provenance de Tokyo fut annoncée à l'intérieur de la gare et des wagons par une voix féminine aux accents métalliques. Assis sur le siège côté couloir, Kaoru détendit son cou par un mouvement de tête circulaire et soupira lourdement.
-Enfin arrivés, les gars! S'exclama-t-il en refermant d'un geste sec son ordinateur portable qui se mit automatiquement en mode veille.
A côté de lui, Toshiya hocha la tête distraitement. Le menton enfoui dans la paume de sa main, son coude appuyé sur la table dépliable du siège, il regardait par la fenêtre d'un air pensif, des écouteurs enfoncés dans les oreilles. Kaoru le considéra quelques secondes, amusé, puis se tourna vers les deux sièges d'à côté où se trouvaient Die et Kyo.
-J'espère que le bus ne sera pas aussi long à arriver que la dernière fois... Confia-t-il au guitariste.
Ce dernier hocha vivement la tête, le sourire aux lèvres.
-Tu as l'air d'oublier que les chauffeurs ont aussi une vie, remarqua-t-il en riant.
Sur le siège voisin du sien se trouvait Kyo. Assis côté fenêtre, il referma son livre en cornant soigneusement le coin de la page à laquelle il était arrivé; se frottant les yeux, il bailla longuement et adressa un sourire à ses amis.
Die tendit le bras pour récupérer son manteau, qu'il avait rangé dans la coursive au dessus de sa tête. Il l'enfila rapidement, s'assit sur le bras de son siège et commença à discuter avec Kaoru pendant que Kyo se penchait sur les sièges devant lui, où se trouvaient Shinya et un membre du staff.
-On t'a pas beaucoup entendu aujourd'hui, fit-remarquer au batteur.
Shinya haussa les épaules, une moue au coin des lèvres.
-Je suis pas vraiment d'humeur.
-Je vois... Pas assez de sommeil, c'est ça?
Il le taquinait, mais Shinya, qui conservait la tête obstinément baissée sur son magazine, ne s'en rendit pas compte et prit presque sa question pour une accusation.
-J'ai tout à fait bien dormi, merci, répondit-il sèchement. C'est juste que j'ai mal partout à cause des concerts et ça ne me réjouit pas forcément.
-Je suis dans le même cas et je n'en fais pas tout un drame, rétorqua Kyo en haussant les épaules.
Ce disant, il s'enfonça de nouveau dans son siège. Il croisa le regard interrogatif de Die mais haussa simplement les épaules, ce à quoi le guitariste répondit par un haussement de sourcils et une oeillade déconcertée à l'adresse de Kaoru. Les deux guitaristes s'étant tout les deux assis sur le bras de leur siège, les mains appuyées contre les dossiers et les pieds fermement à plat sur le couloir, ils furent légèrement déséquilibrés par l'arrêt brusque du train.
Mesdames et messieurs les passagers, vous voilà arrivés à destination. Nous vous demandons de récupérer vos bagages, et de bien prendre soin à ne laisser aucun détritus derrière vous pour le confort de tous. Nous vous rappelons que des poubelles sont à votre disposition à l'entrée de chaque wagon. De même, la compagnie ne pourra en aucun cas être considérée responsable en cas de perte d'un de vos sacs ou bagages. Le train repartira dans exactement vingt minutes. Les personnes jusqu'ici encore assises dans leurs sièges se levèrent à ce moment là, l'air fatigué et passablement ennuyé. Traînant leurs bagages jusqu'au sas de sortie, Die et Kaoru échangeaient des plaisanteries. Derrière eux, légèrement en retrait, Toshiya et Shinya discutaient de tout et de rien; de son côté, Kyo était déjà sorti et avait confié ses bagages au staff.
-Alors? Quel est le programme d'aujourd'hui? S'enquit Toshiya quelques minutes plus tard, les mains dégagées de ses multiples sacs, en remontant à la hauteur des deux guitaristes.
-On s'installe à l'hôtel, lui rappela Kaoru. Ensuite quartier libre... On ne reprend le boulot que demain. Pas de panique!
Dans la gare qu'ils traversaient d'un pas vif, la rumeur des conversations et l'écho des rires qui résonnaient dans le grand bâtiment leur parvenaient dans un brouhaha confus, mêlés d'annonces que crachaient les hauts parleurs et des sifflements stridents des contrôleurs de train. Un peu perdu dans le dédale des couloirs et des escalators, ils suivaient aveuglément leur guide en regardant autour d'eux, voir si des fans étaient venus les attendre à la sortie du train. Pour l'instant, il ne croisaient que quelques jeunes filles qui se retournaient sur leur passage, la main plaquée sur la bouche, les reconnaissant et ne s'attendant visiblement pas à les voir aussi subitement. Cette constatation fit naître un sourire amusé sur leurs lèvres. Caché derrière des lunettes de soleil aussi opaques que les vitres d'une limousine, Kyo se retourna vers Shinya, légèrement en retrait, et l'attendit afin de marcher à ses côtés.
-Désolé pour tout à l'heure, s'excusa le jeune homme avec un sourire désolé. Je ne sais pas ce qui m'a pris.
-Bah, c'est pas comme si j'étais jamais désagréable, lui répondit Kyo en haussant les épaules, un adorable sourire aux lèvres.
-Non mais tu n'étais pour rien dans ma mauvaise humeur... Tu n'aurais pas dû avoir à la subir!
-T'inquiètes pas c'est déjà oublié.
-Bon. Tant mieux.
Ils restèrent quelques instants silencieux. Frileux, Kyo remonta le col de sa veste de fausse fourrure, gêné par les courants d'air qui lui parvenaient depuis les bouches d'entrée des rames de métro à côté desquelles ils passaient. Shinya marchait d'un pas tranquille, peu inquiet de perdre ses amis de vue. Les yeux fixés sur le dos de Kaoru, il n'avait l'air de penser à rien.
-Tu dors dans la chambre de qui ce soir? S'enquit soudain Kyo en tendant le cou pour garder les autres membres du groupe dans son champ visuel.
-Je sais pas encore. Il était question que je sois avec Die, mais apparemment monsieur veut être tout seul ce soir...
-J'ai comme l'impression qu'il compte ramener de la compagnie, devina Kyo en riant doucement.
Là bas, comme un fait exprès, Die se retourna à ce moment précis et leur adressa un signe de la main pour leur faire signe de se dépêcher. Et de fait, on apercevait la sortie de la gare, tout en haut d'un immense escalator auquel on accédait après la traversée d'un tapis roulant sur lequel leurs amis venaient tout juste de mettre les pieds.
-On devrait peut-être accélérer le pas, suggéra Shinya tandis que Kaoru se retournait à son tour.
Leurs regards se croisèrent un bref instant, ils se sourirent vaguement sous le regard intrigué de Kyo.
-Ils n'ont pas l'air pressés.
Die hocha la tête à la remarque de Kaoru sans réellement l'écouter, fasciné par les jambes de la femme qui marchait devant eux.
-Die, le rappela son ami à l'ordre.
-Quoi!? Se défendit vainement le guitariste en détournant les yeux pour le regarder d'un air offensé.
-Tu pourrais au moins faire semblant d'écouter quand je te parle, soupira le leader en levant les yeux au ciel.
Toshiya pouffa de rire, Die haussa les épaules.
-Je t'écoutais, Kao, simplement je ne voyais pas quoi répondre.
-C'est ça, et moi je suis la reine d'Angleterre, se moqua gentiment le bassiste en lui donnant un coup de coude amical auquel Die répondit par un coup de pied manqué dans les mollets.
-Votre majesté... Rétorqua-t-il finalement en se penchant en avant comme pour lui faire la révérence.
Ils partirent tous les trois d'un grand éclat de rire qui leur valut des regards intrigués de la part des usagers, dont la plupart ne les connaissait apparemment pas. Marchant rapidement sur le tapis roulant, il ne tardèrent pas à atteindre le bas de l'escalator, où ils se posèrent quelques instants pour attendre Shinya et Kyo, toujours à la traîne et plongés dans une grande conversation dont aucun d'entre eux ne put saisir les tenants et aboutissants. Appuyés contre la rambarde de l'escalator, ils attendirent tranquillement d'être arrivés à destination avant de se remettre en route.
Sapporo était particulièrement bruyante en ce début d'après midi. On aurait presque pu se croire dans un quartier de Tokyo, non loin de l'heure de pointe. L'encombrement des voitures dans la rue y ressemblait étrangement, de même que les silhouettes uniformes qui se détachaient de l'ombre des murs d'un gris sinistre. De ci de là, quelques groupes de personnes assises dans des bancs au coin d'un parc ou parcourant les rues de long en large, profitant sûrement d'un trop court après midi de détente pour faire du lèche vitrine, égayaient la physionomie trop impersonnelle et lugubre de la ville. Les automobiles se pressaient les unes contre les autres, le ronronnement des moteurs et l'exhalation suffocante des gaz d'échappement rappelant désagréablement aux nouveaux arrivants l'atmosphère polluée et encombrée de la capitale.
-Sapporo, nous voilà! S'exclama joyeusement Toshiya, embrassant la ville d'un ample mouvement de bras.
Les quatre autres posèrent un regard plutôt sceptiques sur le paysage qui s'offrait à leurs yeux.
-Je m'étais imaginé quelque chose de plus...
Shinya s'interrompit dans sa phrase, incapable de trouver le mot exact.
-Côtier? Suggéra Die.
-Quelque chose comme ça, oui.
Ils encombrèrent la sortie de la gare quelques instants de plus, debouts près du trottoir, alignés en rang à regarder d'un oeil curieux la ville en pleine activité.
-Allons-y, proposa finalement Kaoru en resserrant sa main autour de la sangle de son sac noir.
Il tourna la tête vers ses amis, sa longue tresse brune battit son dos tandis que les mèches mauves plus courtes devant lui chatouillaient le menton. Dans la lumière de l'après midi, leurs cheveux rougeoyaient de mille éclats, créant une sorte d'arc en ciel de couleurs. Blond, roux, brun, mauve, châtain... A eux seuls ils auraient pu figurer dans un catalogue de coiffure.
Un minibus les attendait tout près de là, garé à proximité de la station essence. Ils s'y rendirent précipitemment, soucieux d'arriver à l'hôtel le plus rapidement possible afin de pouvoir s'installer et se reposer d'un voyage en train éreintant.
-Je ne ferais pas la même chose tous les jours... Grogna Kyo en montant à son tour dans le minibus, tout juste après Toshiya.
Die, Kaoru et Shinya s'étaient installés à l'arrière et regardaient par les fenêtres en échangeant leurs impressions sur la ville. Toshiya sourit à Kyo. Dans ses yeux jouait une lueur qu'il connaissait bien.
-Tu sais très bien que tu supporterais tout pourvu que tu puisses continuer à chanter, lui rappela-t-il doucement.
Kyo haussa les épaules, peu inclin à admettre cette réalité.
-Essaie un peu de chanter chaque soir dans une ville différente après t'être tapé des heures de train et des dizaines de salles enfumées pour voir, on verra si tu es toujours aussi optimiste.
-C'est pour ça que j'ai choisi la basse! S'exclama le brun en éclatant de rire.
-Et aussi parce que tu ne sais pas chanter, le taquina Kyo en lui donnant un petit coup de coude.
-C'est faux, je chante très bien.
-Sous ta douche! Le rabroua Die, qui avait interrompu sa conversation avec Kaoru et Shinya et écoutait la leur d'une oreille amusée.
Le moteur du minibus se mit à ronfler sous le capot, couvrant presque leurs éclats de rire. Sur le siège conducteur, le chauffeur leur jeta un bref regard intrigué dans le rétroviseur.
Quelques minutes plus tard, l'automobile se mêlait au flux de la circulation, les menant d'une allure tranquille jusqu'à l'hôtel dans lequel ils avaient réservé des chambres pour les deux nuits à venir.
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Ils attendaient patiemment à la réception qu'on veuille bien leur donner leurs clés. Derrière eux, des hommes portaient leurs valises à bout de bras, visiblement tout aussi impatient qu'eux de pouvoir enfin prendre un peu de repos. Ils arboraient tous un visage aux traits tirés par la fatigue dûe à tous ces incessants voyages en train, à parcourir le pays d'un bout à l'autre pour donner des concerts. Massés dans le hall de l'hôtel, ils constituaient en tout une bonne équipe d'une vingtaine de personnes. Le reste de l'équipe avait été répartie dans différents hôtels, suivant leur position géographique dans la ville et leur disponibilité.
La réceptionniste refit enfin son apparition sous les soupirs et sourires de soulagement.
-Au fait, qui dort avec qui ce soir? S'enquit Die dont l'inquiétude froissait les traits.
-Ne t'inquiètes pas tu es seul dans ta chambre! Le rassura Kaoru.
-Je n'ai jamais dit que j'étais inquiet à ce propos, mentit le guitariste en haussant les épaules.
Shinya et Kyo échangèrent un regard complice que personne ne remarqua. Le vocaliste s'appuya contre le mur, leur manager récupérait les clés des chambres et les distribuant en lisant une feuille où était inscrite la constitution de chaque chambre. Les autres clients de l'hôtel observaient la scène d'un air amusé, passant rapidement près d'eux sans les reconnaître. Pendant la répartition, Shinya en profita pour observer plus attentivement l'endroit dans lequel ils se trouvaient.
L'hôtel était petit, mais confortable. Le bureau de la réception se trouvait juste en face de l'entrée dont le passage était régit par des portes automatiques qui glissaient sans bruit sur leurs gonds, captant quelques instants des éclats de lumière qui se reflétaient sur leur peau pâle. De chaque côté de la courte allée qui menait à la réception, on avait disposé de profonds fauteuils tendus de couleurs vives, contrastant avec la peinture d'intérieur d'un blanc presque immaculé qui ourlait les murs. Les clients venaient d'une porte sur le côté, si large qu'elle prenait presque tout le mur. Quand elle s'ouvrait brièvement, on avait le temps d'apercevoir une salle circulaire, qui faisait à la fois office de salle à manger et de chemin pour se rendre aux ascensceurs.
-Shinya, tu seras avec Kaoru.
En entendant son nom, le jeune batteur tourna la tête.
-Quoi?
-Dans la chambre, je t'ai mis avec Kaoru.
-Très bien. Merci.
Il sourit à son manager, son hochement de tête fit danser ses cheveux coupés courts autour de son menton. Il échangea un regard réjouit avec Kaoru et prit la clé qu'on lui tendait sans poser de questions.
-Toshiya, avec Kyo.
-Super! ça nous rappelera le bon vieux temps! S'exclama le bassiste.
Kyo leva les yeux au ciel, faisant de son mieux pour masquer le sourire qui lui montait irrésistiblement aux lèvres.
-Quel est le fou qui m'a mit dans la chambre avec lui? Je ne vais pas dormir de la nuit, il va vouloir parler sans arrêt! Se plaignit-il tout en le suivant jusqu'à la porte.
-Allez Kyo, vois le bon côté des choses; tu seras au courant de tout ce qui s'est passé dans sa vie depuis qu'il est parti de chez toi! L'encouragea Die en éclatant de rire.
Ils se dirigeaient tous les cinq en même temps vers les ascensceurs.
-Tu n'as pas ton mot à dire, tu es seul dans ta chambre, grogna le vocaliste.
-Crois moi, il ne va pas rester seul bien longtemps, intervint Shinya.
Die se retourna vers lui pour lui décocher un regard appuyé, mais le batteur avait tourné la tête et souriait dans le vide.
-Je ne suis pas un obsédé sexuel, plaida tant bien que mal le guitariste.
-C'est ça, fit Toshiya en s'arrêtant devant les ascensceurs.
Il appuya sur le bouton d'appel, enfouit ses mains dans ses poches et attendit que les deux cabines veuillent bien descendre les étages en regardant autour de lui, peu attentif à la conversation qu'entretenaient ses amis. L'éclat de rire de Kaoru le tira de sa rêverie; l'instant suivant, les portes mécanisées s'ouvraient dans un grincement.
-Vous êtes à quel étage? S'enquit le leader auprès de ses amis tout en pénétrant dans la cabine.
Kyo fut le dernier à entrer, Die baissa les yeux sur sa clé pour déchiffrer le numéro de sa chambre et celui de l'étage auquel elle se trouvait.
-Troisième, lut-il.
-Cinquième, le renseigna Toshiya en imitant le geste du guitariste.
-Et nous onzième, grimaça Shinya.
-Onzième!? S'exclama Kaoru. Ils auraient pu faire un effort!
Il secoua vivement la tête, découragé par la perspective de toutes ces longues minutes en ascensceur. A côté de lui, les boutons enfoncés clignotaient joyeusement.
La cabine s'ébranla dans une légère secousse, ils se raccrochèrent aux barres latérales en échangeant des sourires.
-Estime toi heureux de ne pas avoir de bagages à traîner derrière toi, lui fit remarquer Toshiya en réponse à l'exclamation de Kaoru en gardant un oeil sur le compteur des étages.
-Pense un peu au calvaire des porteurs... Renchérit Shinya qui, appuyé au fond de la cabine, avait croisé les bras en signe de résignation.
-Voilà un des nombreux métiers que je suis heureux d'avoir évité, annonça Kyo.
-Lequel arrive en premier? S'enquit Die, curieux.
-Guitariste! Rétorqua le blond en lui tirant la langue.
Ils éclatèrent de rire au moment même où une brève sonnerie annonçait qu'ils étaient arrivés au troisième étage.
-On se retrouve ce soir pour aller manger un truc au restaurant? Demanda le roux en sortant de la cabine.
-Sept heures dans le hall, eut le temps de lui confirmer Kaoru avant que les portes ne se referment rapidement sur eux, les avalant et les portant jusqu'au cinquième étage, où Toshiya et Kyo descendirent malgré les plaintes répétées du blond.
Restés seuls dans la cabine, Shinya et Kaoru demeurèrent silencieux. Gêné par l'absence soudaine de conversation, l'ainé ne trouva rien d'autre de mieux à faire que de tousser.
-J'espère que Kyo et Toshiya ne finiront pas par s'étriper... Déclara finalement le batteur en souriant doucement.
-Je ne me fais pas de souci à leur sujet, rit l'autre.
-J'ai toujours du mal à croire que ces deux là ont vécu ensemble aussi longtemps...
-Je ne te le fais pas dire!
-Tu les imagines, plantés devant la télévision, manger un bol de riz en se racontant leur journée?
-Mh...
Kaoru plissa les yeux quelques instants, tentant de se figurer la scène, mais abandonna bien vite en secouant la tête.
-Je crois que je préfère pas, avoua-t-il en souriant.
Quelques nouvelles minutes passèrent. Au beau milieu d'une phrase, Shinya laissa échapper un baillement qui n'échappa pas à l'oeil perspicace de Kaoru.
-Tu peux me le dire, si ma conversation t'ennuie. Pas d'égo surdimensionné entre nous!
Shinya éclata de rire, quelques larmes de fatigue perlèrent au bout de ses paupières il les chassa d'un battement de cils.
-Excuse moi, je suis fatigué. Je ne suis même pas sûr d'aller avec vous au restaurant.
-A ce point là? S'étonna le guitariste, les bras croisés et les sourcils froncés.
-J'ai comme l'impression que je vais m'écrouler comme une masse à peine installé sous les couvertures, s'excusa Shinya d'un sourire timide.
Le regard de Kaoru s'attarda quelques secondes de trop sur la courbe délicate de ses lèvres. Il battit des paupières pour en chasser la vision de ses pupilles, releva les yeux et croisa son regard voilé.
-Je suppose que c'est normal quand on fait de la batterie.
Son ami hocha la tête. Il croisa ses mains sur son ventre, Kaoru suivit son geste du coin de l'oeil. Ses mains... Si proches. Si douces, malgré l'usage qu'il en faisait chaque jour.
Seul le mécanisme de l'ascensceur troublait le silence de la cabine. En constatant qu'ils se trouvaient chacun dans un coin opposé, le guitariste se surprit à espérer un problème technique. Arrêt subit de l'ascensceur... Cris de stupeur, regards affolés... Rapprochement, besoin de chaleur humaine... Son corps pressé contre le sien, ses longs doigts sur son dos...
La sonnerie le rappela si brutalement à la réalité qu'il en eut le vertige. Shinya s'avançait déjà vers le sortie, nonchalant. Totalement inconscient de l'attrait irrésistible qu'il exerçait sur lui. Il le frôla, le regarda d'un air curieux. Se reprenant tout à coup en main, Kaoru lui sourit, déjà prêt à recommencer cette comédie qui durait depuis tant de temps.
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Leurs bagages étaient grands ouverts, leurs vêtements débordaient de leurs valises. Agenouillée près de sa plus grosse valise, Kaoru en inspectait minutieusement le contenu, à la recherche de la tenue qu'il comptait mettre pour aller au restaurant. Shinya, de son côté, s'était allongé sur son lit et avait enfoui sa tête sous l'oreiller en plumes. En arrière fond, des voix s'échappaient du poste de télévision mural, sans que personne ne prête attention à ce babillage.
-Où est cette foutue ceinture... Marmonna Kaoru en fouillant sa valise.
Il écartait ses vêtements d'un geste agacé, trompant ainsi l'attention de son corps qui tremblait presque à l'idée que Shinya était là, tout proche. S'il se laissait aller il était capable de s'asseoir sur le lit pour lui caresser les cheveux. Mais il ne pouvait pas, ce n'était pas un geste amical. Quel genre d'ami viendrait s'asseoir à côté de vous pendant que vous dormez, et vous caresserait tendrement les cheveux en vous couvant d'un regard amoureux de longues minutes durant? Il devait s'en tenir à cette attitude qu'il s'efforçait d'adopter depuis toujours;.. Celle qu'il s'était imposée pour ne donner de soupçons à personne excepté à Die, la seule personne au courant de ses tourments.
Retrouvant finalement sa ceinture, il se releva et la posa à côté d'un pantalon et d'une chemise étalés sur son lit. Il les considéra un instant pensivement, puis se tourna vers Shinya. S'asseyant sur le lit, il se laissa aller en arrière, les mains à plat sur le matelas pour ne pas tomber. Le batteur semblait parfaitement paisible. Il n'exhalait qu'un léger souffle, qui le soulevait tout aussi légèrement. Sa tête disparaissait sous l'oreiller énorme, mais quelques mèches de cheveux s'étalaient tout autour.
Kaoru soupira. Ce n'était pas possible qu'il soit tombé amoureux d'un de ses meilleurs amis. Comment, et quand cela avait-il pu lui arriver? Jamais auparavant il n'avait ressenti une telle attirance pour un homme. Peut-être était-ce dû au fait que Shinya soit aussi féminin. S'il avait été plus viril... Alors, les choses auraient sûrement été différentes. En attendant, à chaque fois que son regard se posait sur lui, il ressentait le désir quasiment irrépréssible de le tenir dans ses bras, le serrer contre lui et s'enivrer de son parfum.
Il se mordit les lèvres, conscient de se faire du mal en ressassant toutes ces pensées. C'était plus fort que lui...
Tout était plus fort que lui.
Shinya respira un peu plus fort, ses doigts se crispèrent autour de l'oreiller qu'il tenait toujours contre sa tête. Kaoru était incapable de détacher son regard de son corps frêle. Son dos, sous son pull over ample... Ses jambes, moulées par le pantalon de cuir qui flottait autour de sa chair... Et son visage, tourné vers lui, interloqué.
Le coeur en feu, Kaoru détourna vivement les yeux.
Feignant n'avoir rien remarqué, Shinya s'assit sur le lit, retint un baillement et se traîna jusqu'à la salle de bains où il s'appuya contre le lavabo. Dans le reflet que lui renvoyait lui miroir, il apercevait un visage défait.....
Et rouge de confusion.
-Il a tout compris.
-Tu crois?
-Non, j'en suis certain! Die, qu'est-ce que je vais faire?
-Calme toi, Kaoru... Il t'a dit quelque chose?
-Rien du tout...
-Alors comment tu peux en être sûr?
-J'en sais trop rien... Sa façon de me regarder, de me parler... Comme s'il hésitait à tout me dire. Tu ne peux même pas imaginer combien les silences sont pesants quand on est seuls dans la même pièce.
-C'est peut-être une bonne chose qu'il ait compris.
-Tu rigoles? Il est hors de question qu'on sorte ensemble! Je suis hétéro, je te rappelle.
-Hétéro? En attendant, tu es amoureux de lui.
-C'est une erreur de parcours...
-Arrête de te faire des films. Laisse toi aller!
-J'y arrive pas...
-Alors tant pis.
-Ouais... Tant pis.